Comment fait-on une critique littéraire ?

Une bonne critique littéraire est celle dont le résultat final n’explique que très peu l’intrigue d’un livre, mais qui en revanche l’analyse et l’interprète en détail du point de vue de la théorie de la littérature. Autrement dit, le plus important n’est pas le « quoi », mais le « comment », puisque le « quoi » est ce que le lecteur doit découvrir sans se faire gâcher la surprise. Le critique littéraire est celui qui donne les outils au lecteur lui permettant de décider de lire ou non un livre, sans tomber dans le dogmatisme ou les opinions tranchées. L’important est d’attirer l’attention sur le récit s’il est bon, ou d’expliquer qu’il n’en vaut pas la peine dans le cas contraire. Ce dernier cas de figure concerne quatre-vingts pour cent des livres publiés de nos jours. Il y a plus d’écrivains que de lecteurs. Et beaucoup sont de mauvais écrivains.

Quelle différence y a-t-il entre un avis littéraire et une critique littéraire ?

Une critique littéraire n’est pas la même chose qu’un avis ou qu’une recension. Comme son nom l’indique, la critique littéraire doit introduire une réflexion critique, qu’elle soit positive ou négative, sur (toutes) les particularités du livre en question. À l’inverse, un avis littéraire n’est pas un essai littéraire, mais une simple description du texte, avec son intrigue et ses personnages. Une recension est un avis encore plus court. La critique littéraire est intéressante, car elle apporte des connaissances philologiques et littéraires étrangères au texte. La critique consiste à donner son avis sur la construction du ou des narrateurs, sur les personnages principaux et secondaires, sur le style de l’auteur, sur la qualité de la langue et même sur les réflexions de l’auteur dans le texte. C’est pourquoi la personne qui fait une critique littéraire doit avoir des connaissances culturelles très hétérogènes, englobant l’art en général. Elle pourra ainsi faire des liens avec la musique, l’art ou le cinéma. Elle doit aussi connaître la biographie de l’auteur, le mouvement auquel il appartient, sa bibliographie s’il en a une et même ses opinions politiques. On n’exprime pas de la même façon, selon que l’on est de droite ou de gauche radicale, sur le divorce, l’avortement ou l’euthanasie. Le style et le symbolisme de l’auteur sont deux des clés nécessaires à une bonne critique littéraire. Si vous avez des préjugés sur le sujet, dites-les à voix haute ou débarrassez-vous-en. Mais ne mentez pas. Jamais.

Quelles connaissances un critique littéraire doit-il avoir ?

Le premier paragraphe d’une critique littéraire est le plus important. Il faut aller droit au but dès le début. Il y a parfois des critiques littéraires qui endorment le lecteur en utilisant ce premier paragraphe pour raconter la vie de l’auteur ou en faisant la liste des prix littéraires qu’il a gagnés. Tout le monde peut faire ces recherches à la maison. Monsieur Google vous dira tout. Il est correct de situer le livre commenté dans un genre littéraire, certes, mais les détails et les péripéties de la vie de l’auteur devraient passer au second plan. Il n’y a rien d’attrayant à commencer la lecture d’une critique littéraire en tombant sur des phrases du type : « La mère de l’auteur était couturière ». Enfin bref. On en est toujours là.

Comment fait-on une critique littéraire ?

Crédit photo : freddie marriage sur Unsplash

  Dans la critique littéraire, il est important de lire entre les lignes, de ne pas s’en tenir à une première lecture à sens unique. C’est pourquoi il est essentiel de lire consciencieusement tout le livre et de prendre des notes. Il peut être nécessaire de revenir sur un passage pour le citer si l’on a besoin de renforcer une idée. Le critique littéraire consacre beaucoup d’heures à son travail : lecture, prise de notes, rédaction, peaufinent, etc. Et il est en général mal payé. Comme à l’accoutumée. Le critique littéraire est souvent détesté par les auteurs, surtout si ce qu’il dit est négatif et qu’il rabaisse le livre. Le manque d’humilité et ce satané égo entravent la bonne entente entre ces deux professionnels. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup d’ennemis, mais le fait que je sois également auteure de projets littéraires fait que certains confrères et consœurs me respectent, même si je les ai traités d’imposteurs. Il ne s’agit pas de considérer la critique littéraire comme un domaine dans lequel le critique doit apparaître comme un érudit. Il ne s’agit pas non plus de dire tout ce que l’on sait, mais de travailler avec le texte pour le mettre à nu. Une critique doit être axée sur le thème, les ressources, la structure et les conclusions tirées de la lecture du livre.

Comment êtes-vous devenue une critique littéraire reconnue ?

Mon histoire avec la critique littéraire a commencé dans le magazine Time Out qui était alors le supplément culturel d’El Periódico pour faire ensuite partie du Diari Ara et de finalement s’éteindre en parlant des meilleurs endroits de Barcelone pour manger des patatas bravas et boire des mojitos. C’est à partir de ce moment-là que je me suis fait un nom dans le monde de la critique littéraire : on m’appelait la critique la plus dure du pays parce que je ne mâchais pas mes mots et que je disais ce que je pensais. Le journal La Vanguardia m’a ensuite commandé des critiques littéraires pendant dix ans qui ont été publiées chaque samedi dans le supplément Culturas, et Núvol, El digital de cultura, où je continue et où l’on me laisse dire ce que je veux sans censure, ainsi que le supplément hebdomadaire Ara Llegim du Diari Ara où je publie normalement des critiques tous les quinze jours. Ma sincérité a continué à plaire aux chefs. Je n’ai fait de la lèche à personne ni cherché à faire du copinage. Mes critiques étaient aussi sincères que mes conversations dans la vie privée. Je n’ai pas menti, j’ai dit ce que mes yeux ont vu et je l’ai défendu avec des arguments solides. Le but de mes critiques littéraires est d’informer, d’enseigner et aussi de divertir. Le texte littéraire doit être étudié à partir du texte lui-même, de l’individu et de la société. Dans le cas contraire, la critique littéraire pourrait ressembler à un simple exercice scolaire pour lequel l’élève voudrait obtenir un vingt et une sucette.


Anna Carreras Aubets
info+annacarreras@sanscrit.net